Friday, February 7, 2014

THE RETURN OF THE PADAWAN

Si le jamais-deux-sans-trois existe c'est bien parce qu'un  jamais-un-sans-deux précède.

Il y a deux ans, mes collègues de Yayasan Tambuhak Sinta, m'avaient prévenu "si tu bois l'eau des rivières, l'esprit de Kalimantan s’empare de toi et t'amènera forcement à revenir". Inévitablement, j'ai bu la tasse quelques fois. Qui eut cru que les choses se mettraient en place si tôt et si radicalement inévitablement? Certainement pas moi. J'ai eu comme le sentiment que toutes les pierres se sont placées une à une, toutes seules, sans que je n'ai à fournir le moindre effort, pour former le pont entre Toulouse et Jakarta. Appelez cela la chance, le hasard, le destin, l’envoûtement Dayak, ce que que vous voulez. Quoi qu'il en soit: c'est efficace.


Grace à mon voyage de 2011,  je commence à  distinguer les contours de certaines régularités ressenties avant chacun de mes deux départs... j'ai eu la nette impression de nager dans le tiraillement de l'instant présent déboussolant et de l'avenir impalpable.  Les au-revoir déchirants et jamais suffisants, les innombrables tâches qui me font perdre le Nord à force de psychoter sur les potentiels oublis... J'ai alors tendance à me mettre en mode veille, instinct de protection face à tout ce qui me rend à la fois trop triste et trop heureuse et sur quoi je n'ai pas d'emprise. Les 23 heures de trajet pour aller de Toulouse à Jakarta n'aident pas... rien de tel qu'un vol interminable seule, hublots fermés, pénombre bleutée H24 pour se noyer dans une apesanteur spatio-temporelle et émotionnelle. Je me sentais un peu aliénée jusqu'à ce que je prenne ma première bouffée d'air Indonésienne. 
Je plonge dans une atmosphère dense ou se distinguent clairement les parfums de mousse, de kretek, de terre humide et chaude, comme si la pluie venait de passer. Là je me réveille illico happée par la claque des souvenirs.

Petite mise en bouche des transports folklo avec un petit tour en taxi avec un gentil monsieur qui clairement n'avait aucune idée d'ou on allait mais n'avait pas envie de me mettre mal à l'aise en l'avouant. Après  avoir fait plusieurs allez-retours et pauses pour demander à tous les passants (parce que oui, à une heure du matin, les étroites ruelles de Jakarta grouillent encore de passants.) on trouve bon port. La maison est immense et recouverte de verdure. je suis accueillie par une collègue rayonnante et enjouée. Je me sens engourdie et littéralement à coté de la plaque mais elle me secoue en m’entraînant voir la vue depuis le balcon... je n'en crois pas mes yeux. On est en plein Jakarta et il me semble être plongée en plein coeur de Bornéo: La maison supplante une rivière boueuse et bien agitée (inondations récentes), flanquée non pas d'immeubles mais de ce qui ressemble bien à un morceau de jungle. On se s'entend plus tant les grenouilles s'égosillent. Des bruits intrigants sur le toit annoncent la présence de mammifères de taille non négligeable. En bas, sous le balcon s'étend une piscine "ecofriendly" remplie de poissons... tout ça sent à la fois la vie qui grouille et le calme absolut. Je ne pouvais pas rêver mieux...


La chose la plus importante à avancer: J'ai trouvé un stage absolument dingue et idéal. Du moins pour moi. Forest People Programme, c'est un concentré survitaminé de personnes engagées dans la protection des minorités vivant dans et des forêts un peu partout dans le monde; Des gens qui respirent le génie et  l'humanité et qui débordent d'énergie positive. Je suis assez intimidée par qui ils sont et par ce qu'ils entreprennent: avec une poignée de contributeurs, ils publient une tonne de rapports sur les droits des minorités, sur l'état des responsabilités sociales et environnementales d'entreprises (surtout celles produisant de l'huile de palme), organisent des formations pour booster l'application des droits indigènes et tiennent des colloques, des tables rondes pour rassembler les acteurs locaux et internationaux pour faire avancer le Schmilblick. Leur objectif principal: Assurer l'autodétermination des minorités, assurer la reconnaissance et la mise en oeuvre de leurs droits tant auprès des entreprises que des gouvernements.  Et ce n'est pas de la tarte.

Clairement ça demande une patience inépuisable, beaucoup d'énergie et une foi d'acier en leur objectif. Ils disent faire partie du "movement", une mouvance altruiste, activiste, globale qui réunirait tous les acteurs engagés pour un monde plus juste et plus respectueux des minorités. Adopteeez moiiii s'il vous plaiiiit.


Il me reste plus qu'à maîtriser l'indonésien couramment, éplucher scrupuleusement tous les rapports qu'on m'a mis entre les mains, me donner un max au travail, trouver un ptit appart à moi, et profiter à fond.
Donc en gros, 5 mois qui s'annoncent plutôt pas mal du tout. 




Petite "mindblowing" et "breath-taking" vue de la maison on je loge temporairement.

Subḥana'llāh






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